L'association harmonieuse du corps et de l'esprit par la voix

Enseigner et pratiquer
le chant

Notice de présentation de la chanson "La marmotte en vie"


de Ducray-Duminil

La marmotte ne sera bientôt plus qu'une tradition,...

La marmotte ne sera bientôt plus qu'une tradition, son règne a passé comme tant d'autres. Les progrès de la civilisation font disparaitre petit à petit tout ce qui amusait nos pères, et la perfection de la police dépouille nos boulevards et nos places publiques de tous les embellissements qui procuraient au peuple d'innocentes récréations.

Il n'y a plus de Fanchons ni de Javottes avec leurs vielles et leurs marmottes. Les Montagnardes sont devenues fabuleuses, comme la Suisse, qu'un homme d'un esprit original prétend n'être qu'une contrée fantastique, existant seulement dans l'imagination des touristes.

La marmotte en vie était une curiosité. Elle était si célèbre que l'on a composé des chansons en son honneur. Cette pauvre bête, enlevée à ses montagnes, faisait le voyage de Paris dans une boite, et devenait le gagne-pain des pauvres petits Savoyards et Auvergnats qui émigraient chaque année pour diminuer les charges de leur nombreuse famille. Mais si la marmotte a perdu son crédit, c'est peut-être aussi la faute des marmottiers. Le charlatanisme, je pourrais dire le macairisme du siècle les a gagnés, et c'est ce qui les a perdus. Nous avons vu un petit Savoyard pleurant au coin d'une borne, et sa Marmotte sans vie, étendue près de lui. Les passants attendris le plaignaient d'avoir perdu sa fidèle compagne, et lui faisaient d'abondantes aumônes. Il s'en allait dans un autre quartier, jouant le même rôle et versant toujours des larmes, il en versa pendant quinze jours! Les mêmes passants le rencontrèrent, et s'étonnèrent que sa douleur fût si longue, et que la marmotte fût morte si longtemps ... sans être enterrée. Ils crurent d'abord qu'il pleurait la mort de toutes les marmottes. C'était bien la même; mais elle était empaillée.

Mœurs et vie de la marmotte

La marmotte n'est plus guère connue en France que des naturalistes, depuis qu'elle ne court plus les rues. Ce petit animal est grand comme un chat, il a la tête comme un lièvre, sauf ses oreilles qui sont très petites. Il a quatre dents de devant avec lesquelles il mord fortement et ronge tout. Ses pieds sont courts, son ventre plat, son poil assez grand, sa queue courte, ses ongles aigus. Il marche sur ses pieds de derrière et se dresse comme l'ours. Les jeunes marmottes s'apprivoisent facilement. Dans l'état de nature, les marmottes se réunissent en société, amassent du foin pour leur hiver, et mettent des sentinelles sur toutes les avenues de leurs demeures pour les avertir par leur sifflement de se retirer dès qu'il parait des chasseurs. Ces pauvres animaux ont par instinct la prescience du mal que les hommes veulent leur faire: car on ne prend pas toujours des marmottes pour les faire danser; et s'il n'est pas agréables de faire le métier des Essler et des Caglioni, quand on n'en a pas la vocation, il est encore plus désagréable d'être mangé!

A propos des marmottes

Or on mange les marmottes, quand on les a salées et dégraissées, quoique leur chair ait une odeur assez forte. Je n'en ai jamais mangé chez Véry, chez Véfour, ni au Café de Paris, et je n'en ait point encore vu chez Chevet, ce qui fait que je ne sait pas à quelle sauce on les accommode. Il est probable que c'est en civet. Si je fais un voyage dans les montagnes, je pourrai bien manger un civet de marmotte, comme mon collègue Alexandre Dumas a mangé un beefsteak d'ours.

Quant à l'étymologie du nom marmotte, elle vient selon les uns de mures montani, selon les autres de marmot (en grec mormô), singe assez laid auquel on a pu le comparer, comme on en a donné le nom aux enfants disgracieux. Et , à propos de marmot, nous pouvons nous rappeler l'expression croquer le marmot, qu'un anglais traduisait par manger le petit garçon.

C'est sans doute la rime qui est en cause dans toutes les chansons où il s'agit de marmotte, sa propriétaire s'appelle Javotte (diminutif de Geneviève). Ce nom qui ne se donne aujourd'hui qu'à des filles du peuple, n'était pas autrefois dédaigné de la bourgeoisie. Dans le roman bourgeois de Furetière, publié en 1666, l'héroïne, qui se nomme Javotte, est la fille d'un procureur, et dans leTriple mariage, de Destouches, joué aux Français en 1716, la jeune fille de maison porte le même nom.

Dans le style familier, Javotte est synonyme de bavarde, et l'on applique même ce sobriquet aux hommes dont la langue s'exerce trop, à ceux dont La Fontaine a dit, dans la Fable des Femmes et le Secret:

Et je sais même sur ce fait
Bon nombre d'hommes qui sont femmes.


L'auteur de "La marmotte en vie" : Ducray-Duminil

Cette chanson est de Ducray-Duminil,romancier fécond, dont le style est peu élevé et peu châtié;mais qui ne manquait pas d'imagination, de vivacité et de naturel. Il était membre de l'académie des Arcades de Rome, du Musée de Paris, et du Lycée des Arts. Presque tous ses romans ont inspiré les premiers auteurs de mélodrames: on se souvient encore au boulevard du prodigieux succèsde Victor ou L'enfant de la forêt et de Cœlina. Ducray-Duminil, né en 1761, a fait quelques pièces de théatre, entre autres les deux Martines, parade jouée en 1787 au théâtre de Nicolet, à la Foire: au Théâtre de la rue Feydeau; la journée dérangée, comédie, en 1792. En 1790, il succéda à l'abbé Aubert dans la rédaction des Petites-Affiches. Parmi ses vingt romans qui ont eu beaucoup de débit, on remarque, le premier, Lolotte et Fanfan, publié en 1787; Alexis, ou la Maisonnette dans les bois, 1790; Petit Jacques et Georgette, ou les Petits montagnards auvergnats, 1791; les Cinquante francs de Jeannette,1793; les Petits orphelins du hameau,1800; Paul, ou la Ferme abandonnée, 1802; le Petit Carillonneur, 1809.

On trouve dans ses romans beaucoup de romances et de chansons dont il faisait lui-même les paroles et les airs. Ducray-Duminil, avant de se faire littérateur, avait été maitre de musique, et donnait des leçons de guitare, ce qu'il a prouvé lui-même, dans une Chanson à Mademoiselle Roy..., qui me reprochait d'être distrait en lui donnant une leçon de musique, imprimée dans l'Almanach des Grâces de 1788. Ses airs et ses chansons eurent beaucoup de vogue, et ce fut probablement le succès de la Danse du petit Marmot, dans Petit Jacques et Georgette, qui lui fit faire les Aventures de la Marmotte. Cette chanson, qui a paru dans les Etrennes lyriques, anacréontiques de 1793, est restée populaire jusqu'à présent, et l'air qui est naïf et original, a été employé avec succès dans la fameuse Fanchon la Vielleuse. On a souvent employé dans les vaudevilles l'air de la Croisée, qui est de cet auteur. Les Almanachs chantants sont remplis de ses productions, dont Rivarol se moquait. Ducray-Duminil est mort en 1819, dans sa maison de campagne de Ville-d'Avray.

L'allégorie de la chanson que nous publions est facile à saisir: la marmotte en vie de Javotte, c'est son innocence, c'est cette fleur précieuse des campagnes, qui se flétrit dans le séjour des grandes villes. Elle apprend aux jeunes filles à ne pas écouter les séducteurs, et à ne pas préférer l'opulence à la vertu! C'est donc une chanson très morale.


DU MERSAN
extrait de Chants et chansons populaires de la France, Paris, Garnier Frères Librairies éditeurs,1855.

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